Hors saison
Le parc du poète
J’ai toujours aimé la vie au cœur des centres-villes, dans les communes que j’ai fréquentées de plus ou moins grande taille.
J’y ai plaisir à découvrir les traces du passé, se mêlant avec les reflets de la modernité.
D’autant plus que le développement des zones piétonnes délimite plus encore l’étendue occupée par ce mélange détonnant.
Au cours de la journée, les déplacements des uns et des autres, le brassage bigarré des populations, la sonorité diverse des véhicules parfois ritualisée, les mouvements de droite et de gauche, ici au loin, là à proximité, témoignent d’une effervescence qui vivifie mon attention, lorsque la pensée vagabonde.
Les rencontres parfois régulières, fruits de la quotidienneté de l’existence et les échanges informels provoqués par l’alliance entre les fidèles résidents et les visiteurs réguliers, me rattachent au monde réel des humains.
Les moments de regroupements sacralisés tout au long de l’année, fidèles marchés du samedi, fêtes et coutumes locales vénérées, évènements nationaux immuables,… Ces moments illuminent certaines journées ou soirées exceptionnelles.
Les sons, parfois les cris et les chants, les accents et les couleurs m’enivrent alors.
Ce « cœur » me rappelle, malgré nombre de changements depuis plusieurs décennies, sans en être le décalque, la vie de quartier paisible ou rythmée, harmonieuse ou disparate, que j’ai connue à Paris, ma ville natale.
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Là où le noyau communal a pris son essor puis s’est étendu au fil du temps, malgré les vicissitudes imposées par les joutes guerrières des siècles passés, mais aussi en subissant la soif de développement qui a produit des transformations, s’imposent quelques lieux emblématiques.
Il en est ainsi des parcs, tâches vertes qui colorient les espaces urbains et réjouissent leurs occupants.
Il en est ainsi du parc Jean RAMEAU situé à Mont-de-Marsan dans les Landes, en particulier.
A son sujet, il est coutume de louer son existence.
Son existence verdoyante, cela va de soi, puisque les rues bitumées de la cité, cernées par les façades des bâtiments freinent l’essor des arbres et des fleurs, des buissons et des surfaces gazonnées.
Son existence rafraîchissante, est-il nécessaire de le rappeler ? Lorsque l’étuve de la chaleur montoise pèse sur les organismes et que nait le besoin de quitter les habitats dans la pénombre imposée, sous cloches réfrigérées à l’ère technologique.
On y vient pour bien des raisons : se promener assurément, se retrouver en famille ou entre amis. Discourir, plaisanter, jouer. Prendre un repas. Participer à certains évènements, culturels ou sportifs. Lire. S’y reposer à même le sol ou sur un banc. En faire le tour, à pied ou en courant, de saison en saison. Seul ou accompagné par son plus fidèle ami.
Le contempler, enfin.
Le contempler comme je l’ai fait à de nombreuses reprises, charmé par la diversité de sa végétation et la richesse de ses couleurs, les arrondis et les droites de ses allées, sa touche locale (l’auberge landaise), ce kiosque si majestueusement occupé par une maquette en bois prestigieuse, ses créations artistiques ici et là, ses marques de recueillement attentionnées, ce théâtre herbeux à ciel ouvert, la courbe de la Douze qui l’enlace,…
Depuis 1934, la mairie a décidé de le nommer ainsi, en l’honneur du poète chalossais, né à Gaas au sud de Dax, qui en retour, dédia à la ville et ses habitants : « Mon merci ! ».
Bien sûr, le choix ne surprend guère, à l’exception de ceux qui confondent parfois le chantre gascon qui a vécu entre le XIXème et le XXème siècles et le compositeur bourguignon de la fin du XVIIème et d’une partie du XVIIIème.
Curieusement, avec les couleurs de l’automne qui prêtent à la rêverie, à l’heure où les écureuils et les lapins batifolent sans la moindre gêne, le parc du poète se révèle plus encore.
Sa dimension picturale devient une évidence et charme celui ou celle qui le parcourt solitaire et l’honore avec respect. Par similitude avec le texte poétique, le parc est expression, embelli savamment par l’entremise des jardiniers.
Il devient d’une certaine façon un poème à lui tout seul, pour le promeneur, homme ou femme, qui se laisse emporté par la beauté sauvage du chemin sablonneux traversant une partie boisée, la brillance du feuillage confortée par les rayons du légendaire soleil du Sud-Ouest qui ne dit pas vraiment son dernier mot, la symbolique prononcée de statues, comme énamourées par leur environnement, plus encore figées par l’instant singulier, sans l’écho des voix ni la présence humaine.
Les colonnes blanches soigneusement habillées par un mélange de branches et de verdure, décorées à leurs extrémités et leurs alentours, font penser à des vestiges d’un temple au repos, voué à la méditation.
Ici et là des branches contorsionnées révèlent l’apparition de quelques êtres invraisemblables, qui confortent la féérie du site déserté.
La pierre usée se marie avec la rouille du pont qui traverse la rivière et se réchauffe grâce à l’écharpe du lierre : le travail des femmes et des hommes est chéri par l’action de la nature avant que celle-ci, orgueilleuse, en efface la réalité.
Des touches blanches à la cime de la plante épanouie, le roux des feuilles nappant le sol, les marches de bois éclaircies par le temps et qui serpentent de ci, de là…
Le parc Jean Rameau laissé à lui-même, est une douce création qui ravit l’âme évanescente.
Hervé Thiébaut, novembre 2025 – Copyright Hr pictures
Poème de Jean Rameau, « Mon merci ! » (1934)
Jean RAMEAU, Poète de la nature, Centre culturel du Pays d’Orthe
Jean RAMEAU, 1858 – 1842, Maisons d’Ecrivain et Patrimoines Littéraires, Nouvelle-Aquitaine
Photo extraite du site « Maisons d’Ecrivain en Nouvelle-Aquitaine »
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